Interviews/Rap

Flev – Interview

bandeau anakronism

Après l’interview de L’or Noir à La Dynamo, nous rangions tranquillement notre matos quand Keenan est revenu sympathiquement nous proposer de poser des questions à Flev. On a de suite été chauds, et après s’être réinstallés, ça s’est goupillé comme ça :

dessin flev

Classic question : si tu devais te présenter en quelques mots..

Flev. Beatmaker, rappeur, ingénieur du son et DJ. J’ai commencé par les platines, et de fil en aiguille je suis parti dans la production. J’écris et je rappe depuis 15-16 ans maintenant. Depuis 2 ans j’ai mis mon rap de côté pour me consacrer vraiment à la production et puis me faire connaître en tant que beatmaker. Ce sont mes deux priorités aujourd’hui.

Comment s’est faite cette connexion avec L’or Noir ?

En fait c’est un pote qui nous a présentés Sëar et moi, et du coup la connexion s’est faite très très rapidement, au feeling. Plus de feeling qu’autre chose au début. Puis on allait pas rester autour de la table à parler, donc on a commencé à taffer. On a vu que le feeling passait aussi musicalement, donc on a commencé à préparer des choses ensemble. Ensuite j’ai rencontré son frère Keenan , qui tient le label L’or Noir. Du coup il m’a affilié au label par la suite

Quels sont tes projets actuellement ?

J’ai sorti justement hier (vendredi 1er mars, ndlr) une compilation rétrospective qui s’appelle Anakronism. C’est une compilation de 22 titres qui sont sortis de 2003 à aujourd’hui. C’était dur de faire un résumé de toutes ces années, j’ai pris les titres qui me tenaient vraiment à cœur. Il y a quand même 4 inédits dessus. J’ai mis ça en téléchargement gratuit (ici), et peut être que des CDs qui arrivent.

pochette anakronism

C’est toi qui va produire le futur album de Sëar ?

On travaille un album ensemble. On a commencé à enregistrer, mais à mon avis ça va être de longue haleine parce que c’est un album très recherché artistiquement.

Il nous a parlé d’un projet qui s’appellera Histoires sans fin.

Ça c’est pas moi qui m’en occupe. On est sur un autre type d’album. J’ai 3-4 morceaux enregistrés à la maison, et je pense qu’on a jamais entendu Sëar comme ça. Vraiment.

Est-ce que tu as des connexions avec d’autres rappeurs, ou alors certains avec qui tu aimerais travailler ?

Honnêtement, j’ai travaillé.. je sais pas.. avec peut être 90% des MC’s de la capitale. Je m’élargis un peu à l’international : New York, j’aime les MC’s brésiliens aussi, je tape un peu dans le Chili, et des petites connexions au Japon. Après c’est vrai que dans le rap français aujourd’hui j’ai pas envie de refaire éternellement les mêmes mc’s, avec qui j’ai bossé il y a 10 ans, 5 ans.. J’aime bien quelques nouveaux talents, donc quand ils viennent vers moi je suis ouvert à eux. Après des noms.. il y en a beaucoup. Il y a L’entourage bien sûr : Deen Burbigo, et Nekfeu qui prépare aussi un album solo.

Je produis aussi l’EP de Pand’Or qui arrive bientôt, c’est Le cul entre deux 16. C’est moi qui le produit entièrementPour moi c’est un gros projet parce qu’on y a mis du cœur. Tous les morceaux sont enregistrés, pratiquement mixés, et on a hâte que le truc sorte parce que c’est du gros. Là elle a un projet Dans ma boite en téléchargement gratuit, et juste après l’EP sort.

Il y a encore beaucoup de mcs avec qui je m’entends bien, et puis les connexions se font.

Comment ça se passe quand tu travailles avec un artiste ? C’est toi qui lui propose une prod ou vous voyez ça ensemble ?

Tout dépend. Des fois tu tombes sur des artistes qui se connaissent, qui savent ce qu’ils veulent. Du coup le choix est rapide. Il vient à la maison ou bien je me déplace en stud’, vu que j’aime bien rencontrer les gens. A distance ça se fait aussi mais je préfère vraiment les rencontres. Et donc sur mes 4 000 prods il choisit celle qui l’inspire. Ça peut aller de une à 5 prods. Généralement j’aime pas donner un pack de 20 parce que après ça peut dormir chez les mc’s et ça dépend de leur inspiration.

Après y’a l’autre partie des mc’s qui a tendance à rechercher quelques chose, qu’on leur donne de l’inspiration. J’ai des prods qui dès que tu les écoutes te donnent déjà le thème. Ne serait-ce qu’une voix samplée, une atmosphère, ça te donne déjà le thème. Si moi derrière je peux même balancer le titre qui irait bien avec le morceau, auquel j’ai pensé quand je l’ai fait, souvent ça marche.

(Bon là on a un blanc, parce qu’on était en totale impro, la seule interview prévue à la base étant celle de L’or Noir. On hésite, on galère un peu).

Profitez en c’est rare que je parle comme ça ! – dit Flev, compatissant.

Pourquoi ? Tu donnes pas souvent d’interviews ?

Pour te dire la vérité, à un moment donné j’envoyais mon manager répondre aux questions. Parce que j’ai pris l’habitude de l’ombre, mais je fais l’effort aujourd’hui de répondre moi-même.

T’es plus à l’ombre quand tu prods que quand tu rappes en fait ?

J’ai mis de côté mon rap. Et c’est vrai que de me consacrer pleinement à la production, de claquer ma MPC, oui ça enferme. Je pense que tous les beatmakers que tu vas rencontrer, un peu fous tu vois, ils vont être un peu dans un bulle, un peu difficiles à parler.

Tu travailles combien de temps sur une instru, grosso modo ?

En fait avant de rencontrer mes collègues beatmakers je pensais que tous travaillaient comme moi. Mais c’est vrai que j’ai une certaine spécificité : j’aime le spontané. Si une prod me prend plus d’une demi-heure, c’est qu’elle est pas bonne. C’est très spontané.

C’est pour ça que du coup t’es super actif dans le truc quoi.

J’aime la spontanéité. Par exemple je fais pas une prod quand je me mets sur ma mpc, je fais des séries de 5 prods. Je me donne une moyenne, il faut que je fasse mes 5 prods par jour.

Tu dois avoir une grosse bibliothèque de samples..
Yes. Et je suis surtout en recherche éternelle de samples.

Tu fais de la composition aussi ?

J’ai commencé par la compo, je faisais mes propres séquences. Après quand j’ai rencontré la MPC, je suis tombé « in love ». Et ce truc de compositeurs, qui s’est banalisé, honnêtement ça m’a calmé sur le fait de composer moi-même. Si demain je recomposais, je voudrais travailler avec de grands orchestres par exemple. Aujourd’hui je pense qu’il y a trop de beatmakers qui sont enfermés sur leur ordinateur à la maison, et qui se sont crus à un moment donné possédés par Mozart (rires). Et c’est vrai qu’on a eu une vague de beats seulement composés, et qui se ressemblaient tous. Et voilà, faut avoir un petit génie pour composer, c’est pas donné à tout le monde. Ou bien un gros travail !

Moi je me suis éloigné de la compo parce que justement elle s’est trop banalisée. Avec l’arrivée du Dirty notamment. Moi c’est pas ma vague, c’est pas ma came. Je suis plutôt la source: un sample. Il y a des samples que tu laisses tourner en boucle, ça peut être bien. Mais moi j’aime bien découper. A ce moment là je peux un peu ramener ça à la composition, quand tu prends un sample, que tu le découpes 12 fois et que tu rejoues chaque note sur des tons différents. C’est un mélange de composition et de sample. Si derrière je peux ajouter 2-3 petites notes en plus pour vraiment affûter le beat, je le fais. Mais sinon c’est vrai que le minimalisme c’est ce que j’aime.

T’as fait de la musique à la base ou tu t’es construit tout seul ?

Non, je suis autodidacte, carrément. Je me souviens que quand j’ai eu la MPC le premier soir chez moi, je pouvais pas dormir sans qu’il y ait un beat qui tourne quoi. Faut être curieux en fait. En vrai c’est simple ! C’est la curiosité qui éveille les sens. C’est ça le truc.

Faut avoir l’oreille pour chopper le bon sample quand même..

Ouais, alors moi c’est différent je calcule pas trop ça. Quand j’écoute le sample, j’entends directement le beat, j’entends le sample tuné de la façon dont il va être. Après j’ai quand même des surprise, je peux prendre un slow, et alors que je pensais que ça allait faire un truc triste, quand je le taffe le truc est hyper hardcore, c’est magique un peu. Y’a des trucs magiques qui se passent quand tu fais des beats !

Tu as fait pas mal de lives tout seul, tu continues à faire ça ou t’es plutôt en tournée avec Sëar, Camélia, etc ?

Non justement j’ai mis une grosse priorité sur le live beatmaking, sur le live MPC. Parce que déjà en France on connaissait pas ça, clairement. Mon premier live MPC c’était à New York, et là-bas dans la salle où j’ai joué c’est la première fois qu’ils voyaient un mec arriver avec sa MPC et jouer en live. Et ils ont pris ça bien, ils étaient étonnés !

Du coup je me suis dit : si là bas ils sont étonnés, on va peut être pour une fois avoir un peu d’avance en France. Donc j’ai ramené ça en France. Le travail a été super dur, de longue haleine, pour que les gens captent vraiment ce que je faisais. C’est pas encore gagné mais il y a de plus en plus de beatmakers qui commencent à s’y mettre. Je t’avoue que je pense que c’est un des secrets pour enlever l’image d’homme de l’ombre au producteur.

Comme ça quand les gens écoutent du rap ils s’intéressent aussi à ce qu’il y a derrière.

Oui voilà c’est ça, exactement. C’est vrai que quand t’écoutes un bon son, généralement tu te focalises sur le rappeur, et jamais sur le beatmaker. Aujourd’hui on arrive à une génération où les gens commencent à s’intéresser aux beatmakers.

C’est justement ce qu’on se disait nous : avant quand une track de rap sortait, on donnait pas forcément le blaze du beatmaker, alors que maintenant celui qui prod est précisé à chaque fois.

Ouais mais quand tu dis « avant », tu oublies qu’avant « avant », c’était comme maintenant. Ça veut dire par exemple qu’un Guru n’allait pas sans un Premier, on parlait de Pete Rock, de Marley Marl, de Cut Killer, de Logilo. C’est vrai qu’après ça il y a eu une génération qui a oublié et mis de côté les beatmakers.

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Infos/Liens :

– Flev: Facebook / Anakronism

– La Doxa : Facebook / Mixcloud / Twitter

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