Interviews/Rap

Eli MC – Interview

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La jeune rappeuse Eli s’est rendue dans notre chère ville rose le 4 avril pour un live à la soirée des Arts Décalés, organisée par la Bim Bam Prod. Le lendemain, nous sommes allés à sa rencontre pour discuter de ses projets passés et futurs, et bien d’autres choses. Bonne lecture.

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Si tu peux te présenter en quelques mots…

Moi c’est Eli, je suis originaire du sud de la France, pas loin de Montpellier. J’ai 22 ans. Ça fait concrètement 3 ans que je m’investis vraiment dans le rap, que j’enregistre des choses en essayant d’être carrée. Ça fait à peu près un an que les morceaux tournent plus ou moins.

Mais en fait ça fait une dizaine d’années que j’écris. J’ai commencé à écrire loin du rap, toujours en rimes mais j’avais jamais fais la démarche de me dire « allez c’est bon maintenant, ça je vais le rapper ». Alors que c’était fait pour être rappé quand on y pense. Et puis petit à petit c’est venu, et maintenant le tout se complète entre la musique et l’écriture, la fusion des deux au final.

Est-ce que tu peux résumer les projets que t’as déjà fait, et ceux qui vont arriver si tu en as une idée ? Parce qu’il paraît que tu vas en studio demain toute la journée..

Alors pour ce qui est passé, c’est pas réellement un projet mais c’est le premier fil directeur qu’on a suivi avec mon équipe. J’ai rencontré un réalisateur sur Montpellier, Jean-Baptiste Durand, parce qu’il était en train de réaliser un court métrage pour lequel il a invité plusieurs rappeurs de la région du sud pour faire une BO exclusivement Hip-hop. De là, on a vachement accrochés artistiquement, et du coup il m’a proposé de se lancer dans une série de freestyles. On a commencé par ça : on en a fait 4 pour l’instant, le 5ème arrive bientôt, et on s’arrêtera sur celui-là. On essaie de chopper une petite thématique ou un petit délire à chaque fois.

Avec lui j’ai sorti le clip du morceau « Sur le même fil » et « Solitaire ». Et donc ces deux morceaux là sont extraits de mon premier projet qui est une mixtape en téléchargement gratuit (ici) et qui s’appelle Crépuscule d’une pensée. Ça c’est le premier projet. C’était un peu un projet test, sans moyens, avec des connexions de connexions, des bidouillages, etc.

Niveau mixage et mastering t’avais quand même des relations ?

En fait j’ai reçu une prod de Fonka, de Toulouse, qui a produit « Sur le même fil ». J’avais pas encore l’idée de faire le projet, j’y pensais même pas. Je m’étais dit que le jour où je ferai un projet c’est que j’aurai une idée bien en tête. Et quand j’ai entendu le track terminé je me suis dit que je pouvais pas le balancer comme ça, que ça méritait d’être quelque part, dans quelque chose de carré en fait. Donc je l’ai mis de côté et l’idée est partie de là.

J’ai enregistré et maquetté des trucs, la plupart des morceaux ont été enregistrés chez moi, en studio ou chez des potes. Et au moment où je commençais à enregistrer les morceaux je me suis fait un pote qui habite à La Rochelle, qui est ingé son et qui travaille en radio. Je lui ai parlé du projet et il a assuré le mixage. Et voilà en fait ça a été une collab entre plein de potes ! Tu vois au fil du temps tu vas quelque part, tu croises quelqu’un qui est chaud, etc.

Le premier track « Sur le même fil » a été enregistré 7 mois avant la sortie du projet, le 28 février. Donc en gros ça a pris 6-7 mois.

Voilà pour le projet qui est sorti, et là concrètement le prochain projet qu’on travaille c’est un EP 7-8 titres qui est entièrement produit par un beatmaker qui s’appelle Slim-Guesh (son dernier projet en date est choppable gratuitement ici). C’est un beatmaker de Paris qui travaille en ce moment avec Omerta, qui a déjà produit Fadah (par exemple).

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L’idée c’est qu’avec la mixtape je me suis rendu compte de certaines erreurs techniques, de certains mauvais choix que j’avais faits. Par exemple au niveau des prods, j’avais pas assez réfléchi à un univers, à chercher à donner une réelle unité. J’ai juste enregistré des choses, ça m’a plu et je les ai gardées. Et là j’avais envie de choisir un beatmaker avec un univers bien marqué, et de travailler un truc seulement avec lui pour avoir une touche particulière sur un projet. Comme ça faisait un moment qu’on voulait travailler tous les deux et qu’on avait jamais trouvé l’occasion, on s’est dit « ben vas y, on est partis » ! Donc on est en train de préparer un projet 7-8 titres normalement, avec seulement des exclus cette fois-ci. Et avec des feats qui risquent d’être sympathiques (rires). Je dis rien, c’est la surprise.

Ça sera normalement en version digitale, sûrement sur Itunes, et après peut-être qu’on sortira une version pressée avec des bonus tracks en plus, on verra si on a les budgets. La digitale sera 8 titres, et la version pressée sera à 10 ou 11 titres.

Pour finir, normalement si tout va bien après l’EP je ferai de nouveau une mixtape gratuite. Et puis on verra la suite après..l’album on sait jamais, si ça roule.

Dans ta mixtape Crépuscule d’une pensée il y a une flopée de beatmakers. Est-ce que tu peux nous les présenter rapidement, et nous dire pourquoi tu les as choisis ? Pour ma part j’ai bien accroché à la prod de Tibo, je trouvais que ça faisait penser à la prod de « Bouteille de gaz » de la Scred connexion.

Je lui dirai ça va lui faire plaisir (rires). Donc voilà sur la mixtape il y a Tibo, un homme de l’ombre, un gars pas du tout connu, il habite à Sête. Je fouillais internet à la recherche de prods, et je suis tombée sur une page soundcloud à lui. Ça se sentait que le mec était très bon musicien à la base avant d’être beatmaker.

Ensuite Ster La, qui a aussi mixé le projet, a produit « Au poète il faut le spleen », et l’intro . Lui c’est un beatmaker et ingé son de La Rochelle. Idem, il est en sous-marin, tu trouves rien de lui, il vend pas de prods et fait pas tourner, c’est que si t’as la chance d’atterrir chez lui qu’il te fait écouter des trucs (rires).

Il y a aussi Fonka pour « Sur le même fil », je pense que tu le connais : beatmaker de Toulouse, il a déjà fait ses preuves. On va être amenés à retravailler ensemble je pense.

Ensuite Marcelo a prod le track « Solitaire », c’est un beatmaker belge, qui est dans un crew qui s’appelle Labelge, basé à Bruxelles. Si t’as l’occasion d’aller écouter les artistes du crew il y a des gens comme Amarok ou Syntax qui sont vraiment pas mal. J’espère en tout cas qu’un jour j’aurai le temps de passer en Belgique pour travailler avec eux, ce serait cool.

Enfin il y a deux prods de moi :« Je n’oublie pas » et le remix de « Naissance d’un oiseau » avec ADN. ADN c’est le gars avec qui je fais du beatmaking. Notre crew c’est la B&C Prod, on a une page facebook et un soundcloud. A la base on fait ça pour nous, quand on trouve qu’il y a quelque chose qui peut être bien on le garde pour nous, et pour le reste on fait tourner si des gens en veulent.

Voilà, j’espère que j’ai oublié personne. Ah si pour l’intro il y a aussi les scratchs de DJ Bastos, de Montpellier.

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On a remarqué une atmosphère très souvent mélancolique dans tes tracks, on peut même dire que c’est un marque de fabrique. Tu envisages de faire des trucs plus  »festifs », si on peut le dire comme ça ?

Eli : Je sais pas. On m’a fait la remarque, c’est ce qui ressort de ce projet aussi. Je pense que c’est une erreur de ma part dans le choix des prods en fait. Il y a un manque de variation dans le choix des prods c’est clair. Je pense pas que ça vienne de mon écriture, mais plutôt du fait que quand tu as choisi une certaine prod, tu y mets une certaine intonation, et ton texte va prendre une tournure plus ou moins mélancolique. Pour le coup, hier soir on était à Toulouse avec Slim pour « Les arts décalés », j’ai pris des textes de ma mixtape et on a dit qu’on allait s’éclater en testant sur d’autres prods des maquettes que j’avais sélectionnées pour l’EP. Par exemple « Les pieds sur terre » je l’ai fait hier soir sur une prod plus punch, en mode limite cainri, avec des grosses basses, et là le texte a plus du tout l’air mélancolique, ça a même l’air limite ironique. Ça n’a rien à voir. 

Après je sais pas pour les autres artistes, mais moi je pense que d’un côté on a plus de facilités à écrire quand on a quelque chose qui nous touche. « Au poète il faut le spleen » quoi, je pense que c’est un peu la marque de fabrique des poètes à l’ancienne.

Slim : On a jamais dit à Baudelaire « hé mec t’es trop torturé » !

Eli : Voilà c’est vrai ! Je pense qu’on a une facilité à créer si on a quelque chose de revendicatif à exprimer, ou quelque chose qui nous torture, etc. Je te dirais d’aller écouter ma track « Ma petite bête », si y’a une ligne directrice à mon écriture elle part de là. Et je pense que c’est valable pour moi comme pour tout le monde. 

Mais ça veut pas dire non plus que je vais rester là-dedans, on va faire un peu jumper les gens (rires) ! Sur l’EP je pense qu’on va essayer d’aller vers des trucs qui tapent un peu plus.

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T’as fait une connexion avec Oster Lapwass, qui t’a filé une prod, puis avec toute l’Animalerie et Vald pour un concert. Comment tout ça est arrivé ?

Ça s’est fait par des connexions de connexions en fait. J’étais tranquillement chez moi quand j’ai eu un coup de fil d’un mec qui réalise des clips, qui fait partie d’une boite qui s’appelle La Mescla, sur Lyon. Je savais pas du tout qui c’était. Il se présente en disant que ça fait un moment qu’il suit ce que je fais, que le week-end d’après il est sur Montpellier pour voir des potes et qu’à cette occasion il voudrait me voir pour tourner un freestyle. Je lui ai dit direct que j’était opé. Là je pense que chez lui le mec cogite sur l’organisation du truc, et quelques jours après il me rappelle en me disant « voilà je suis chez Lapwass, il veut te filer des prods ». Il m’a envoyé une maquette, j’ai dit ok, et de là on a préenregistré le petit freestyle, j’ai posé sur la prod d’Oster. Puis on a tourné et balancé ça, Oster était super content du résultat. 

De là il m’a proposé de venir faire un live avec eux sur Lyon, en première partie. C’était eux qui organisaient et il me semble que c’était une des premières fois qu’ils testaient de faire une soirée L’animalerie avec une première partie. Parce qu’ils font jamais de première partie d’habitude, et là ils m’ont fait venir avec Vald et AD. 

Voilà du coup on s’est tous rencontrés, ça m’a fait plaisir, c’est des mecs que j’écoute mais que j’ai aussi appréciés sur le côté humain. J’ai pas été déçue, on a passé un bon week-end lyonnais. De là les connexions se sont faites, et puis on verra dans l’avenir si jamais ça se refait.

Comment s’est passé ton live hier ?

C’était tout pété. Toulouse j’y reviendrai jamais, y’a que des paysans et des alcooliques (rires).

Non je rigole, c’était une soirée organisée par la Bim Bam, ça s’appelait les Arts Décalés et du coup il y avait aussi deux humoriste , de la danse, etc. C’était vraiment éclectique, avec pour but de promouvoir des artistes féminins et de toucher un public très large. Des gens qui étaient venus pour l’humoriste ne seraient pas venus pour le rap, et inversement. Plein de gens différents se sont entrecroisés donc c’était super cool.

Le public était réceptif, c’était une autre manière d’aborder un live rap, c’était intéressant. D’ailleurs il y a peut être des choses dans le même délire qui vont se faire à Paris.

Pour finir, des impressions sur Toulouse et son public ?

Eli : Le rhum est bon, mais il pleut trop !

Et plus sérieusement, niveau public, je suis pas allée à la Dynamo. Hier c’était pas un public rap underground, ce qui est normal. N’empêche que forcément quand tu arrives dans une soirée comme ça tu te dis « bon ok, soit ça fonctionne totalement, soit ça fonctionne pas du tout», car c’est un public que tu vises pas forcément.

Slim : C’est toujours intéressant de savoir si tes lyrics dépassent le Hip-hop ou pas. Il y a des artistes qui restent underground et d’autres, je sais pas.. Orelsan par exemple, qui parlent à trop de monde tu vois. Et c’est intéressant de savoir si tes lyrics peuvent être écoutés par des gens carrément plus vieux, ou autre.

Après il n’y a pas que les lyrics qui comptent, t’as aussi la musicalité, etc.

Eli : Ouais, d’ailleurs la prod un peu cainri hier, c’est passé trop bien !

Slim : J’ai vu un papi bouger la tête même (rires) !

Eli : Du coup, merci de parler de ça. Parce que c’est cool de toucher le public underground, c’est clair. Mais je suis d’autant plus fière quand quelqu’un me dit « écoute Eli, moi je suis pas du tout branché rap, j’irai jamais écouter du rap de moi-même, mais quand je t’écoute ça me touche ». Je suis d’autant plus fière quand on me dit ça parce qu’il y a une perspective qui se crée via le rap, qui s’inscrit sur le long terme, et on montre que quelque chose est possible, quelque chose qui est pas purement du rap, mais de la musique avant tout. C’est de l’art, c’est tout. En tout cas j’espère être dans cette dynamique là, je prétends pas y arriver ! 

Merci, un mot de la fin peut-être ? Même si ça marche rarement.

J’sais pas.. Toulouse c’est cool ! (rires)

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